Mais installez-vous donc. Je manque à tous mes devoirs. Vous voulez boire quelque chose ? Remarquez, je ne possède rien de très intéressant ici pour... vous. Un peu de porto. Il vaut le coup ! Il a bien... cent ans ! Si ce n'est plus. J'ai oublié de noter la date. Je sais que c'était une date importante. Un anniversaire peut-être. Peu importe.
Faites comme chez vous. Je ne suis pas habituée à recevoir du monde et je ne connais pas les bonnes manières actuelles. Je m'en excuse. N'ayez pas peur, je ne mords pas. Du moins... pas quand on est gentil avec moi. Et vous n'avez pas l'air méchant.
La dernière fois que j'ai reçu de la visite c'était il y a... longtemps. Je ne compte plus à vrai dire. C'était un gentil garçon. Il avait plein de questions à me poser et j'y ai répondu avec beaucoup de volonté. C'est si rare quand des gens viennent me parler, vous savez.
Il est parti et je ne l'ai plus jamais revu. Personne ne l'a plus jamais revu d'ailleurs. Il avait l'air tout chamboulé en passant la porte. Je l'avais prévenu pourtant. Ce que j'ai à raconter... ça n'est pas pour les petits enfants. Ce n'est pas une histoire d'horreur qu'on raconte le soir d'Halloween.
C'est une histoire vraie.
Au début, il était comme vous, ce jeune homme. Il respirait la fraîcheur et la joie de vivre. Ça se sent, vous savez ? La fraîcheur...
Et puis, il ne m'a pas crue. Je le voyais bien à son petit sourire en coin. Un peu comme le vôtre d'ailleurs. Le petit sourire qu'on prend sans s'en rendre compte et qui montre à notre interlocuteur qu'on ne le croit pas.
Mais il a vite perdu ce sourire, justement. Là, j'ai compris qu'il me croyait.
Et quand il est parti... je ne sais pas. Il avait changé. Il n'avait plus cette fraîcheur, ni cette joie de vivre. Remarquez, j'aurais dû m'y attendre. Ça fait ça à chaque fois. C'est pour ça que j'hésite à vous la raconter aujourd'hui. Vous avez l'air si frais ! Je ne voudrais pas que vous disparaissiez comme ce jeune homme qu'on n'a jamais revu. Vous comprenez ?
Vous êtes sûrs de vouloir entendre cette histoire ? C'est une lourde responsabilité. Pour moi, comme pour vous. Mais vous avez l'air intelligent. Vous saurez faire la part des choses, je pense. J'espère.
Installez-vous plus confortablement. L'histoire n'est pas longue... mais elle nécessite de ne pas réfléchir sur sa position en cours de route. Je me souviens, il y a longtemps, trois jeunes gens étaient venus me poser des questions eux aussi. Quand ils sont repartis, l'un d'eux avait un torticolis et l'autre une sciatique. Le troisième ? Il allait bien. Enfin... bien pâle. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus.
Alors cherchez un coin confortable. Je sais que ce n'est pas bien grand ici mais ça fera l'affaire. Je vous l'ai dit, l'histoire n'est pas bien longue. Tout s'est passé en une nuit.
Une
Seule
Nuit.